• Tous les matins, je prends un mini bus électrique qui part de San Giovanni et m'amène à 100 mètres du théâtre. C'est une vraie petite boîte à sardine, dotée de huit places assises évidemment occupées dès le début. Les gens s'y empilent comme des sardines justement. C'est rigolo, on sent toutes les secousses et les gens parlent fort au téléphone, même avec trois tête et deux dos en pleine figure. De plus le trajet est vraiment magnifique : il passe au pied de la villa celimontana, il longe le Colisée, croise la via Cavour et s'enfonce dans les ruelles des Monti, jusqu'à la via Nazionale, où je descends. J'aime bien en somme.

    Hier après-midi, je l'ai pris pour mon service au bar du soir, ce qui est assez rare. Il était à moitié vide, et pour la première fois j'ai pu voir la tête du conducteur. Je me suis dit que c'était dingue comme métier : les mecs font toute la journée le même trajet (il me semble que c'est le cas pour les lignes électriques, il faut un permis spécial j'imagine), sans que ce ne soit jamais la même chose selon l'heure, le traffic et l'ambiance. Je ne connais pas bien les parcours de bus à Paris, mais j'ai
    toujours eu l'impression que c'était plus ou moins fluide et bien organisé grâce aux couloirs de bus et autres voies réservées. A Rome oubliez ça, c'est de l'improvisation totale. Les bus sont mêlés à la foule, ils se doublent entre eux sur les boulevards, et je n'insiste même pas sur les déviations de dernière minute, que le conducteur découvre généralement en même temps que ses passagers, et qui donnent parfois lieu à des spectacles ahurissants de bus perdus dans la ville.

    Cet après-midi, donc, je me suis un peu plus intéressée au conducteur de mon mini bus, un type assez jeune à la mèche collée, un peu tassé sur ses épaules mais d'un calme vraiment déroutant. Il était même carrément inexpressif, on sentait que ça faisait plusieurs heures qu'il était de service.
    Nous nous sommes retrouvés coincés sur la via Cavour, parce que des véhicules qui étaient passés tout juste au rouge bloquaient l'intersection au moment ou le vert était pour nous. J'ai senti qu'on n'avançait pas, et je me suis tournée vers le conducteur pour voir si il allait s'énerver. Sa réaction était drôle : il était plongé dans un silence profond, comme si une règle morale intérieure lui interdisait de vociférer, mais exprimait son agacement de manière extrêmement vive par des gestes bien d'ici. On aurait dit un pantin fou, c'était à mourir de rire ! Bon, il a quand même laissé échappé un « cazzo » (l'équivalent de « putain » lorsqu'il est utilisé comme interjection) qui m'a presque rassurée, je n'arrivais pas à croire qu'il puisse être aussi patient et maître de ses nerfs dans de telles conditions.


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  • Je suis désolée de remettre cela, mais ce matin les maîtresses m'ont vraiment tapé sur le système. Je suis navrée de ce que je vais dire, notamment au regard d'une amie prof que j'aime beaucoup, mais je crois que j'ai un vrai problème humain avec cette catégorie de personnes. Je peux imaginer que de devoir matter un groupe d'enfants en furie tient du prodige, que je ne saurais même pas effleurer, et je ne cache pas mon admiration devant certains aspect de ce métier. Mais à un moment donné, il faut savoir faire la part des choses. OK vous gueulez toute la journée sur les mômes, mais par pitié, NE LE FAITES PAS SUR MOI !!

    Et pis ils sont quand même bons mes cappuccini...

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  • Cela faisait longtemps que je ne m'étais plus penchée sur les différences culturelles entre nous et nos amis italiens. La semaine dernière, j'ai vu quelqu'un agir d'une façon qui a choqué ma petite éducation à la française.

    Je venais d'ouvrir le bar, un matin, pour la représentation d'un spectacle pour enfants. Comme d'habitude, une horde de profs (principalement des femmes) se rue sur le comptoir pour me commander le classique croissant/cappuccino du petit déjeuner. Evidemment, c'est chacun pour sa pomme : c'est à celle qui aura la voix la plus forte, et que je t'interpelle dix fois jusqu'à ce que j'attire ton attention avant ceux qui font la queue, et que je te balance d'une traite ma commande quand tu as le dos tourné comme si tu pouvais m'entendre distinctement alors que déjà tu es affairée avec d'autres clients... Bref, c'est le rodéo. On en oublierait presque que ces charmantes dames sont des profs, chargées de contribuer à l'éducation des petits Italiens...

    Mais mettons cela sur le compte du fort tempérament qui caractérise les femmes d'ici. Ce qui me choque vraiment, c'est la carence en phrases de politesse des clients que je croise tous les jours. Lorsque je salue, on ne me répond guère. Je n'entends presque jamais ces petits mots si difficiles à prononcer tels que "s'il vous plait" et "merci". Quant à etre saluée par quelqu'un qui s'en va, je peux toujours me brosser. J'ai l'air un peu exigeant comme ça, mais en réalité je ne demande pas que les gens soient pompeux ou exposent une courtoisie forcée. Juste un minimum. Quant je pense qu'une caissière, dans à peu près n'importe quel supermarché en France, se doit d'être courtoise avec ses clients, même s'il est en voit 500 d'affilée ! Quand je rentre dans un bar ou un resto ou n'importe où, et bien moi, je dis bonjour et au revoir. Flûte !

    Pour en revenir à l'incident de vendredi dernier, j'ai vu une prof qui, voyant que j'étais affairée à la caisse du bar et que je ne pouvais donc pas m'occuper dans la seconde des 25 cappuccini des autres bonnes femmes en furie, a tenté d'attirer mon attention en claquant très fort des doigts. Vous savez, comme pour appeler un chien ou tenter de réveiller un hypnotisé... J'ai eu un léger blocage, parce que celle-là elle était bien bonne quand même, mais la nana ne rigolait pas du tout et m'a pointé furieusement le croissant qu'elle voulait afin que, en dépit de la queue, je puisse enfin la satisfaire. Hallucinant.

    Bof, peut-être qu'après tout c'est moi la casse pieds, qu'ici personne ne se formalise de ce genre d'attitudes parce qu'elles font partie du quotidien de chacun et que cela semble normal aux yeux de tous. M'en fiche, je persisterai à saluer tout le monde ! Et si ça continue de tomber dans le vide, et bien tant pis, j'aurais gardé le pli jusqu'qu bout, sans jamais céder au vice de la mauvaise éducation !


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  • Cette semaine, le Cirque Eloize a investit le théâtre Eliseo. Fraîchement débarquée du Québec, cette compagnie de nomades, dont la moyenne d'âge ne dépasse guère les 30 ans, a enflammé la salle hier soir lors de la Première. Je n'ai pas encore eu la chance d'assister au show intégralement, vu que j'ai passé mon temps au bar, mais les quelques instants de spectacle que j'ai pu saisir à la dérobade m'ont vraiment enchantée. Vous savez, les trapézistes, les contorsionnistes, les musiciens...
    Le théâtre, pour le coup, est complètement transformé. Avant que les portes ne s'ouvrent au public, les couloirs sont investis de jongleurs et acrobates en tout genre. Certains font le roue entre les bureaux, d'autres chantent ou dansent à travers les couloirs. C'est du délire total.
    De plus, qui dit québécois dit francophones, alors c'est dire à quel point la présence de ces loulous me ravit.

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  • La différence entre une soirée du 31 décembre à Paris et une à Rome ? Qu'il vente ou qu'il pleuve, ici, les gens occupent la rue. C'était impressionnant, hier soir, de voir toute cette foule composée de jeunes, familles, vieux, arpenter les allées du centre coupées pour l'occasion à la circulation. Il fait pourtant froid en Italie, les parisiens n'ont vraiment rien à nous envier en ce moment !

    Après avoir servi du champagne au 900 spectateurs du théâtre, j'ai sauté dans un taxi pour rejoindre la zone de Monte Sacro. J'ai pris en plein vol un réveillon à peine entamé, organisé chez des gens vraiment sympathiques. J'adore ce genre de soirée à base d'amitiés, de mets préparés par chacun et de vin abondamment versé. Et puis on a dansé entre les canapés, l'ambiance était super.

    Bonne année à tous !


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