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Partie

Les niouzes d'une expatriée à Rome

Le conducteur de bus | 02 mars 2006

Tous les matins, je prends un mini bus électrique qui part de San Giovanni et m'amène à 100 mètres du théâtre. C'est une vraie petite boîte à sardine, dotée de huit places assises évidemment occupées dès le début. Les gens s'y empilent comme des sardines justement. C'est rigolo, on sent toutes les secousses et les gens parlent fort au téléphone, même avec trois tête et deux dos en pleine figure. De plus le trajet est vraiment magnifique : il passe au pied de la villa celimontana, il longe le Colisée, croise la via Cavour et s'enfonce dans les ruelles des Monti, jusqu'à la via Nazionale, où je descends. J'aime bien en somme.

Hier après-midi, je l'ai pris pour mon service au bar du soir, ce qui est assez rare. Il était à moitié vide, et pour la première fois j'ai pu voir la tête du conducteur. Je me suis dit que c'était dingue comme métier : les mecs font toute la journée le même trajet (il me semble que c'est le cas pour les lignes électriques, il faut un permis spécial j'imagine), sans que ce ne soit jamais la même chose selon l'heure, le traffic et l'ambiance. Je ne connais pas bien les parcours de bus à Paris, mais j'ai
toujours eu l'impression que c'était plus ou moins fluide et bien organisé grâce aux couloirs de bus et autres voies réservées. A Rome oubliez ça, c'est de l'improvisation totale. Les bus sont mêlés à la foule, ils se doublent entre eux sur les boulevards, et je n'insiste même pas sur les déviations de dernière minute, que le conducteur découvre généralement en même temps que ses passagers, et qui donnent parfois lieu à des spectacles ahurissants de bus perdus dans la ville.

Cet après-midi, donc, je me suis un peu plus intéressée au conducteur de mon mini bus, un type assez jeune à la mèche collée, un peu tassé sur ses épaules mais d'un calme vraiment déroutant. Il était même carrément inexpressif, on sentait que ça faisait plusieurs heures qu'il était de service.
Nous nous sommes retrouvés coincés sur la via Cavour, parce que des véhicules qui étaient passés tout juste au rouge bloquaient l'intersection au moment ou le vert était pour nous. J'ai senti qu'on n'avançait pas, et je me suis tournée vers le conducteur pour voir si il allait s'énerver. Sa réaction était drôle : il était plongé dans un silence profond, comme si une règle morale intérieure lui interdisait de vociférer, mais exprimait son agacement de manière extrêmement vive par des gestes bien d'ici. On aurait dit un pantin fou, c'était à mourir de rire ! Bon, il a quand même laissé échappé un « cazzo » (l'équivalent de « putain » lorsqu'il est utilisé comme interjection) qui m'a presque rassurée, je n'arrivais pas à croire qu'il puisse être aussi patient et maître de ses nerfs dans de telles conditions.

Publié par sylviette à 12:47:52 dans Ce que j'ai vu et qui tue | Commentaires (4) |