Pourquoi je suis partie ?
C'est ici.
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Il y a quelques jours, j'ai eu Violaine au téléphone. A chaque fois, c'est une vraie bouffée d'enthousiasme qui m'arrive en pleine face. Ca commence par des banalités du quotidien. Et avec Luigi comment ça va ? Et Emanuele, toujours aussi amoureux ? Le boulot ? L'argent ? Et Rome dans tout ça ?
Eh... Rome dans tout ça. J'ai eu l'impression de faire un point sur ma vie. Ca fait maintenant plus d'un an que je suis là, et il est vrai que je me pose encore les mêmes questions qu'au début. Après tout, ce qui n'était qu'un test, une épreuve, un monde parallèle, est devenu ma vraie vie, avec mes repères, mes habitudes, mon quotidien, mes nouveaux amis, mon amoureux. Mon travail aussi. Je me sens ici comme chez moi, comme si j'y avais toujours vécu, et je n'ai vraiment pas envie de partir. Pourtant, je n'y vois aucun avenir. Etrange tout ça non ?
Je vis au jour le jour, je travaille pour gagner de quoi payer mon loyer, mes frais et de quoi manger à ma faim. De quoi sortir aussi, de quoi profiter de la dolce vita qui fascine tant à Rome. Or j'avoue que j'ai du mal à voir plus loin que la fin du mois. Rome me réserve-t-elle un futur ? Je ne crois pas.
Ici, on survit plus qu'on ne vit. Si on n'a pas de parents ou de bienfaiteurs derrière le dos, si on n'a pas un travail qui tue et qui offre une satisfaction personnelle aussi bien que financière, si on n'a pas de perspectives d'avenir qui nous confortent dans ce que l'on fait, alors ça pose quelques problèmes. Ca vous choque que je sois aussi pragmatique après avoir vanté les joies de l'aventure et de la vie au jour le jour ? Je ne suis pas un étudiante en Erasmus, je dois vraiment penser à mon avenir et à ce que je peux tirer d'un pays qui n'est pas le mien. Il est vrai que je me suis construit une petite vie, avec ses joies et ses découvertes, ses leçons et ses apprentissages. Mais est-ce que je dois faire une croix sur ce que j'ai acquis en France, j'entends par là mes études, mon métier, mes victoires, pour jouir d'une vie en sursis ?
Violaine a souligné un fait important : je suis arrivée à un point de cette expérience romaine où je ne dois pas baisser les bras, où je dois au contraire relancer mes recherches d'emploi pour acquérir une
stabilité personnelle et financière. La langue n'est plus un problème, je connais du monde, j'ai plein de contacts... Ces mois de galère paieront, c'est certain ! Je me rends compte de l'importance d'avoir un travail stable, gratifiant et conforme à ce qu'on aime. Je pense parfois à l'exemple de Stéphane, le copain de la sœur de Luigi, qui est lui aussi français. Il a fait ses études à Rome, s'est diplômé à Versailles, puis est venu s'installer ici pour être aux côtés de la femme qu'il aime. Ses qualifications dans son métier lui ont permis de trouver un emploi stable, avec un bon revenu et des garanties pour l'avenir. Lui et la sœur de Luigi vivent ensemble dans un deux-pièces, qu'ils aimeraient lâcher pour acheter un appartement plus grand et faire un bébé. Pour lui les choses sont claires : sa vie est ici, il construit son futur et celui de son couple ! Moi, je n'en suis pas encore là, je n'arrive pas à savor précisément ce que je veux.
Dans quelques mois, je vais devoir me poser mes vraies questions : est-ce que continuer à vivre à Rome en vaut vraiment la peine ? L'Italie est un pays qui n'aide pas beaucoup ses habitants. Derrière les paillettes des fontaines et des terrasses ensoleillées, se cachent Berlusconi et la triste dureté des conditions sociales. Je vous assure, à côté, la France offre une merveilleuse assistance. Ici, pas de congés maladie. Celui qui ne travaille pas ne mange pas.
Désolée si ce post est un peu pessimiste. Désolée également de calmer ainsi les ardeurs de dizaines de Français qui m'écrivent pour exprimer leur amour pour Rome et leur envie de s'expatrier. Jusqu'à aujourd'hui j'aime ma vie ici, mais un jour ou l'autre, il faudra que je choisisse une voie plus sûre. Quitte à faire quelques sacrifices.
Photo de Sylviette
Publié par sylviette à 17:47:12 dans Ce qui se passe dans ma tête | Commentaires (4) | Permaliens
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